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Mesdames, Messieurs !
Avant tout, je voudrais saluer les organisateurs et les participants de la conférence d’aujourd’hui.
Dans les conditions modernes, les problèmes liés à la formation du nouvel ordre mondial n'ont pas que l'importance théorique, mais aussi l'importance appliquée vitale. D'autant plus cela concerne la Russie, qui, au cours des trois derniers siècles, avait activement influé et continue d'influer sur le développement du système international.
Aujourd'hui, nous voyons le monde se transformer toujours plus en un organisme unique. Le processus de l'influence des facteurs extérieurs sur la vie intérieure socio-économique et politique des états prend de l'ampleur. Et actuellement, où notre pays a fait son choix stratégique en faveur de l'intégration à part entière dans le système économique mondial, nous ne sommes, certes, pas indifférents, dans quelles conditions internationales nous serons dans les années et décennies proches.
C'est pourquoi il est tout à fait logique que la Russie obtienne la formation d'un système de l'ordre mondial qui réponde le plus aux intérêts de la sécurité et de la stabilité du développement socio-économique de notre pays. Cela dit, il faut non seulement avoir un concept clair de l'avenir de l'ordre mondial, mais construire aujourd'hui déjà nos pas pratiques dans l'arène internationale en conformité avec lui.
Tout cela ne sont, certes, pas que nos problèmes. Les perspectives de la formation du nouvel ordre mondial touchent les intérêts de tous les états sans exception. Voilà déjà plusieurs années qu'a lieu dans le monde une discussion active des principes, sur lesquelles va se reposer l'ordre mondial du XXIe siècle. Les derniers événements autour de l'Irak ont donné à cette discussion une acuité particulière. Cependant, il est tout à fait évident que les problèmes qui avancent au premier plan en liaison avec la crise irakienne ne sont nés d'aujourd'hui ni d'hier. Nous n'observons qu'une nouvelle manifestation dramatique des différends qui sont apparus dans les rapports internationaux après la fin de la guerre froide, qui restent pour la plupart irrésolus.
L’essentiel en consiste en ce que le monde, tout en devenant toujours plus interdépendant, devient, malheureusement, toujours moins sûr.
Tous nous nous rappelons bien le système bipolaire avec ses principes cruels, mais assez simples et clairs de la dissuasion réciproque et de la discipline des blocs. Avec toutes ces tares, ce système permettait tout de même de garantir un certain niveau de la sécurité globale.
En ces dix ou quinze dernières années, le monde a subi des changements positifs de l'immense échelle historique. On a de fait réduit à zéro la menace d'un conflit nucléaire international. On a sensiblement réduit le danger de guerres ordinaires entre les états, surtout les plus importants. L'arrêt de la confrontation a ouvert des perspectives auparavant inouïes du règlement des problèmes internationaux sur la base des valeurs communes.
Il est tout aussi évident que le rapide passage vers un nouvel ordre mondial n'a pas eu lieu. Une situation historiquement unique s'est formée, où les relations internationales à long terme ont perdu leur caractère qui formait un système. En particulier, la mise sur la large approbation dans le monde des principes de la démocratie et de l'économie de marché, ce qui serait un nouveau régulateur des relations internationales, a échoué. En fait, il a été que la démocratie même a besoin qu’on la défende contre un assaut agressif de l’extrémisme politique, de l'intolérance nationaliste et religieuse, du séparatisme actif, etc.
Bref, la période transitoire des relations internationales a pris un caractère compliqué et durable, ce qui s’explique par plusieurs raisons objectives et subjectives.
Parmi les premiers, je citerais, avant tout, le fait que les changements radicaux dans la politique mondial aient coïncidé dans le temps avec l’explosion d’un phénomène aussi compliqué et polyvalent que la mondialisation. Elle a fait ouvrir, d'une part, les possibilités sans précédent pour le progrès technologique, l'augmentation du niveau de vie des gens et le perfectionnement qualitatif de la coopération internationale. La mondialisation a sensiblement rapproché différentes cultures et civilisations mondiales grâce à la nouvelle dynamique du développement des liens économiques, de l'information, du transport et des télécommunications. Dans le même temps, elle a brusquement aggravé l’inégalité du développement des états «riches» et «pauvres», ainsi qu’a donné une qualité nouvelle aux menaces globales comme le terrorisme international, le trafic de drogue, le crime organisé, etc.
Parmi les raisons subjectives, il faut citer le fait que la communauté internationale ait été loin de comprendre d’emblée le danger et l’échelle réelle de nouveaux menaces et défis. Une sorte de «syndrome de la victoire dans la guerre froide», qui dominait au début des années 90 dans les capitales occidentales, n’a pas permis d’entamer opportunément la modernisation des structures et institutions multipartites de la sécurité comme l'Alliance Nord-Atlantique. En fait, au cours de la dernière décennie du ÕÕe siècle, l’OTAN a pour beaucoup vécu grâce à l’inertie, et ce n’est que dans les toutes dernières années qu’elle a commencé à faire face aux réelles menaces à la sécurité et, à ce propos, construire de nouveaux rapports avec la Russie.
Les attentats du 11 septembre 2001 aux USA ont montré à la communauté internationale toute l’acuité du besoin de la réponse conjointe aux nouveaux défis et le caractère dirigé des processus globaux. En réalité, pour la première fois dans l'histoire, la formation d’un système des relations internationales qui, depuis la paix de Westfalie, avait normalement un caractère aléatoire, a exigé des efforts conscients ciblés de tous les états.
Comme la Russie a été parmi les premiers à subir tout l'ensemble de nouvelles menaces, avant tout de la part du terrorisme international, nous aurions plus tôt que les autres commencé à poser activement la question et appeler à l’union des efforts de tous les états dans l’intérêt d’un ordre mondial juste, démocratique et sûr. Nous travaillons activement à la formation du concept d’un ordre mondial qui ait à sa base les principes essentiels ci-dessous.
Premièrement, nous sommes persuadés que le nouvel ordre mondial devra être multipolaire, reflétant l'existence réelle dans le monde des divers centres d’influence. Cela exigera, certes, de sérieux efforts d’harmonisation de leurs intérêts et la mise au point d’une stratégie commune du règlement des problèmes internationaux.
Deuxièmement, le nouvel ordre mondial devra se baser sur la plus large coopération multilatérale. Cela suppose le besoin d’une étroite coordination de l’activité des diverses structures internationales. Schématiquement, on peut le présenter sous forme d’une pyramide, dont le sommet est représenté par l’ONU et son Conseil de Sécurité – l’organe qui assume la responsabilité principale pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Le niveau suivant – de nombreuses organisations régionales. Puis – le tissu dense des relations bilatérales. Et, enfin, la base et une sorte de ciment de toute la structure des relations internationales – le droit international.
En faisant promouvoir ce concept, nous nous rendons, certes, entièrement compte des difficultés réelles qui se trouvent sur le chemin vers sa mise en pratique. Le modèle démocratique de l’ordre mondial a pour opposant la tendance de construire un système unipolaire, basé sur la logique de la force et les actions unilatérales, en éludant l’ONU et le droit international.
Néanmoins, nous ne croyons pas que notre concept soit utopique. Qui plus est, nous voyons la réelle possibilité pour sa promotion consécutive, cela dit, ce qui est très important – pas par voie de l’imposition aux autres de nos points de vue, mais par un dialogue constructif, non confrontationniste.
Il faut souligner que la position de la Russie sur les voies de la formation du nouvel ordre mondial est partagée par un large cercle des états du monde qui estiment que la coopération multipartite et le renforcement du droit international avec le rôle central de l'ONU n’ont pas d’alternative raisonnable dans le monde contemporain. Le problème est de trouver la solution pratique de ce problème qui tienne compte des intérêts légitimes de tous les états.
Une autre circonstance importante est que les objectifs à long terme de l’opposition aux menaces et défis globaux qui, en particulier, se sont nettement manifestés à la création de la coalition antiterroriste internationale, prévalent objectivement sur les approches unilatérales, qui sont souvent basées sur les intérêts tactiques du moment. Je ne citerai qu’un exemple. Aujourd'hui, aucun état ne peut combattre seul à seul le terrorisme international ou la menace de la prolifération d’armes d'extermination massive. Et dans l’avenir, on aura à plus forte raison à résoudre ces problèmes sur une base collective.
A présent, dans l'arène internationale s’affermissent les nouveaux principes de la coopération multilatérale des états, libres de l’ancienne discipline des blocs. Le témoignage en est l’étroite interaction d’un grand groupe d’états au cours de la discussion du problème irakien au Conseil de Sécurité de l’ONU. Cette interaction n’a pas été causée par l’appartenance à une union ou une coalition formelle, mais par la vision commune du règlement du problème international concret. Cela dit, aujourd'hui, c’est l'Irak qui a constitué ce problème, et demain, ce peut être un tout autre problème et un autre cercle des acteurs.
Je suis persuadé que dans nos rapports avec les Etats-Unis, qui ont accumulé une grande expérience positive de coopération, l'avenir appartient à l’interaction et au partenariat constructif dans l’intérêt des deux pays et de la stabilité internationale en général. Car même en pleine crise irakienne, nous n’avons pas agi l’un contre l’autre, mais défendu les diverses approches au règlement d’un problème international assez compliqué. Et l'intérêt commun dans la recherche des plus efficaces réponses aux défis globaux contribue aussi objectivement au rapprochement des points de vue de Moscou et de Washington. C’est à partir de ces positions que nous abordons, en particulier, les futures négociations dans quelques jours avec C.Powell, Secrétaire d'Etat des Etats-Unis.
L’édification d’un nouveau système de l’ordre mondial est inaliénable du besoin de l'augmentation de l'efficacité des mécanismes et institutions multipartites existants, en premier lieu de l’ONU. Cependant, il est d'une importance de principe que les problèmes aussi compliqués que les réformes de l’ONU et, en particulier, de son Conseil de Sécurité, soient réglés sur la base de la compréhension commune des objectifs et tâches que nous assignons aux organisations internationales en perspective. Ce n’est qu’alors que la modernisation de l’ONU et de son Conseil de Sécurité va consolider, au lieu de saper, leur autorité et leur rôle central dans les affaires mondiales. Les réformes sans réformer ne profiteront à personne.
La même chose concerne le perfectionnement de l’ordre international. D'une part, le droit international n’a jamais été ni ne peut être un code des règles figé, établi une fois pour toutes. Cependant, on a absolument besoin qu’il se développe sur la base des approches concertées et ne conduise pas à l’ébranlement de la légalité internationale au leu de son renforcement. Sinon, nous devrons faire face aux tentatives des états de garantir leur sécurité par la voie de la force, y compris grâce aux achats d’armes d'extermination massive.
Tous ces problèmes nécessitent un dialogue international large et démocratique. Cela dit, à côté des états, doivent y participer activement les structure sociales, dont le rôle dans la mise en pratique de la politique étrangère de tout état augmente inexorablement. La capacité des institutions de la société civile de mobiliser en un court espace de temps plusieurs millions de gens dans tous les coins de la planète est probant. C’est, sûrement, un fait nouveau, dont il faudra absolument tenir compte lors de l’analyse des processus internationaux.
Enfin, un apport important à la compréhension des problèmes du futur ordre mondial devra être fait par la communauté internationale académique. C’est dans les centres scientifiques et intellectuels que naissent et sont testées les idées qui prennent par la suite la forme de la politique réelle. C'est pourquoi nous sommes heureux qu’en Russie soient activement créées et se développent différentes formes de l’élaboration indépendante par les experts de la problématique internationale et leur discussion, et nous allons toujours soutenir et stimuler ces initiatives.
Je souhaite à tous les participants de la conférence d’aujourd’hui une discussion intéressante et fructueuse.
Merci pour votre attention.