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Interview d'I.S.Ivanov, Ministre des affaires
étrangères de la Russie, accordée aux journalistes russes
à l'issue de sa rencontre avec El-Baradei, Directeur général
de l'AIEA le 14 octobre 2003
I.S.Ivanov: Avec El-Baradei, Directeur général de l'AIEA, nous avons examiné en détail les problèmes nucléaires de l'Iran, de la Corée du Nord et échangé de vues sur le problème d'armes d'extermination massive en Irak.
Concernant l'Iran, nous saluons la poursuite du dialogue entre l'AIEA et l'Iran sur la problématique nucléaire. Le Directeur général de l'AIEA va demain en Iran, et nous espérons que cette visite donnera des résultats tangibles sur les problèmes aujourd'hui examinés. Avant tout, il faut que l'Iran produise l'information complète sur tous les programmes précédents et réponde aux questions qui ont été posées par l'AIEA à propos de ces programmes. Nous nous prononçons aussi pour ce que l'Iran adhère au Protocole supplémentaire sur les garanties de l'AIEA à propos du TNPAN. Cela répond certainement aux intérêts de l'Iran, car cela augmenterait la confiance vis-à-vis des programmes nucléaires qui sont effectués dans ce pays et serait aussi important pour que l'Iran suspende le processus de l'enrichissement de l'uranium. Tous ces pas répondent certainement aux intérêts de l'Iran, puisqu'ils feraient ces programmes plus transparents et lèveraient la préoccupation de la communauté internationale. Nous espérons qu'en résultat des efforts déployés tant aux formats multipartites qu'au niveau bilatéral, nous saurons avancer dans le règlement de tous ces problèmes.
Concernant la Corée du Nord, nous prônons la reprise de sa coopération avec l'AIEA, son retour au Traité de non-prolifération d'armes nucléaires. Cependant, il faut tenir compte des intérêts légitimes de la sécurité de la RPDC. Nous croyons que tout cet ensemble de problèmes peut et doit être réglé dans le cadre du format sextipartite des négociations, dont le premier tour a eu lieu à Pékin. Nous espérons que ces pourparlers seront poursuivis sous peu.
Concernant l'Irak, malheureusement, les problèmes d'armes d'extermination
massive dans ce pays ne sont pas clos, car, en conformité avec la résolution
du Conseil de Sécurité de l'ONU, seuls l'UNMOVIC et l'AIEA peuvent
mettre le point final dans ce problème. Tous les travaux qu'on mène
pour trouver les armes d'extermination massive ont, certainement, une grande
importance, néanmoins, je répète, le dernier mot, en conformité
avec la résolution de l'ONU, reste à l'UNMOVIC et à l'AIEA.
Nous croyons d'une importance de principe que ce travail soit poursuivi par
les inspecteurs internationaux, car, compte tenu de la situation instable en
Irak sur l'existence là-bas d'armes de destruction massive ou d'éléments
liés à ces armes, il existe la réelle menace qu'ils peuvent
tomber entre les mains des terroristes. C'est notre tâche commune, et
c'est pourquoi il est important que l'UNMOVIC et l'AIEA poursuivent la mission
dont elles sont chargées par le Conseil de Sécurité de
l'ONU.
Question: Reste-t-il la possibilité que la situation avec l'Iran ne suive pas le scénario irakien?
I.S.Ivanov: C'est ce que visent nos efforts, et nous en avons
aujourd'hui parlé en détail avec le Directeur général
de l'AIEA. Je crois que personne n'est intéressé et ne doit être
intéressé à ce que l'évolution des événements
en Iran suive le scénario irakien. Nous ne savons toujours pas, ce qu'il
faut faire en Irak. Nous voyons, combien la situation y est compliquée,
et elle devient toujours plus compliquée chaque jour. On est en train
de discuter le projet de la résolution du Conseil de Sécurité
de l'ONU. Nous espérons que, compte tenu des amendements apportés
par la Russie, s'ouvre la possibilité de prendre une nouvelle résolution
sur l'Irak, qui sera appelée à contribuer à la recherche
du règlement politique. C'est déjà trop compliqué
en Irak, pour que l'Iran encore suive ce scénario.
Question: Une rencontre des délégations de Pristina
et de Belgrade à propos du Kosovo a eu lieu. Quel est le rôle de
la Russie dans le règlement du problème kosovar?
I.S.Ivanov: Ce dialogue direct entre Pristina et Belgrade
a commencé avec l'assistance active du Groupe de contact, dont la Russie
fait partie. Le représentant de la Russie a participé au travail
du Groupe de contact. Nous prônons le règlement, au cours de ce
dialogue, des problèmes pratiques, comme la sécurité du
retour des réfugiés, plusieurs problèmes économiques
et autres. Concernant le statut du Kosovo, ce problème à l'étape
actuelle n'est pas examiné, mais reporté à plus tard. Le
commencement de ce dialogue a coûté de gros efforts, et nous espérons
qu'il permettra de lever la tension dans cette région et résoudre
les problèmes qui, aujourd'hui, sont très aigus. Avant tout, c'est
la sécurité du retour des réfugiés.
Question: A propos des remboursements aux anciens prisonniers
de guerre et aux personnes déportées en Autriche. Avez vous abordé
cette question dans votre entretien avec W.Schlüssel?
I.S.Ivanov: Nous avons discuté en détail ce
problème avec le Chancelier fédéral W.Schlüssel. Je
voudrais profiter de cette possibilité et appeler tous les gens qui peuvent
avoir le droit de bénéficier de ces remboursements à présenter
à l'examen, avant la fin de l'année en cours, les documents appropriés.
Je veux rappeler qu'on a déjà présenté 12 000 demandes
pareilles, dont plus de 9 000 ont été satisfaites, et la somme
de plus de 18 millions d'euros a été payée. Donc, les accords
liés aux remboursements aux citoyens russes déportés en
Autriche pendant la Seconde guerre mondiale sont réalisés en général
avec succès, et je répète qu'il est très important
que tous ceux qui ont le droit à ces remboursements présentent
d'urgence tous les documents nécessaires avant la fin de l'année.
Question: Quel sera l'effet, sur notre coopération
avec l'Iran, de la suspension de l'enrichissement de l'uranium par l'Iran, si
ce processus ne dépasse pas le cadre des programmes pacifiques?
I.S.Ivanov: C'est vraiment le droit de l'Iran de faire enrichir
l'uranium. Cependant, aujourd'hui, compte tenu de la situation grave et tendue
autour de la problématique nucléaire de l'Irak, il faut faire
des pas qui consolideraient la confiance. Cela, certes, doit être un pas
de bonne volonté de la part de l'Iran, afin de persuader la communauté
internationale de l'absence réelle des travaux et des plans à
caractère militaire. Donc, ce serait un pas vers le raffermissent de
la confiance envers les programmes effectués en Iran. Aujourd'hui, selon
nos experts, il n'y a pas de besoin aigu de réaliser le processus de
l'enrichissement de l'uranium. Et la suspension dont nous parlons ne doit pas
influer négativement sur les programmes nucléaires pacifiques
qui sont et peuvent être effectués en Iran en conformité
avec toutes les normes internationales.
Question: Comment cela peut-il avoir un impact direct sur
notre coopération avec l'Iran?
I.S.Ivanov: Cela sera sans impact direct. Vous savez que notre
seule condition est la signature de l'accord sur le rapatriement des déchets
du combustible, qui peut être et sera livré à la centrale
nucléaire de Busher. Les pourparlers sur cet accord sont menés,
et il n'est pas encore signé. Sans cet accord, nous ne pouvons pas continuer
la réalisation de ce projet.