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Question: Récemment, le Conseil de Sécurité de l'ONU a adopté la résolution à propos de la «feuille de route». Parallèlement, beaucoup de gens ont commencé à poser la question, quel mécanisme pourrait-on trouver pour que les parties appliquent la résolution, d'autant plus qu'Israël n'est pas chaud, chaud à appliquer les stipulations de la «feuille de route»?
I.S.Ivanov: Avant tout, je voudrais dire que le fait que la résolution porte le numéro 1515 est symbolique. Tous les 15 membres du Conseil de Sécurité de l'ONU l'ont soutenue et, à travers elle, ont soutenu la «feuille de route». C'est d'une importance de principe.
La «feuille de route» a été mise au point par le Quatuor des médiateurs internationaux, qui ont proposé aux parties la «feuille» en tant que voie du règlement du conflit palestino-israélien. Les deux parties ont adopté ce plan. Malheureusement, il n'est pas mis en pratique pour plusieurs raisons. On avait besoin de cette résolution pour lui attacher un caractère de plus de poids et la forme des exigences de la communauté internationale au lieu des recommandations. Nous croyons qu'elle renforce la position de ceux qui veulent vraiment travailler au nom de la paix sur la base de la «feuille de route», proposée par les médiateurs internationaux.
La résolution ne crée pas un mécanisme. Elle confère le prestige et appelle, comme si c'était au nom de la communauté internationale, les parties à appliquer strictement les stipulations que contient la «feuille de route». Nous espérons que les parties israélienne et palestinienne vont suivre strictement les stipulations résidant dans la «feuille de route». Le Quatuor des médiateurs va le suivre attentivement. Si l'on a besoin des mécanismes supplémentaires qui contribueraient à l'avancement de la «feuille de route», nous allons régler ce problème aussi.
Question: Igor Serguéiévitch, existe-t-il une voie pour rendre l'application des stipulations de la «feuille de route» obligatoire pour les deux parties? Existe-t-il une forme qui satisfasse le CS de l'ONU, Israël et la Palestine?
I.S.Ivanov: Je veux rappeler que les deux parties ont accepté la «feuille de route». Elles l'ont plusieurs fois déclaré, y compris en présence du Président des Etats-Unis. Actuellement, après l'adoption de la résolution du CS de l'ONU, ce n'est plus une simple proposition du Quatuor des médiateurs, mais là résolution qui a la force de droit. Actuellement, les deux parties doivent la prendre plus au sérieux, puisque tous les membres de l'ONU sont obligés à appliquer les résolutions du Conseil de Sécurité. Sous forme de la résolution, la «feuille de route» a déjà pour les parties le caractère obligatoire.
Question: J'ai entendu dire que vous avez adressé une lettre à propos de votre accord avec la soi-disant initiative proche-orientale de Genève. Quelle est la justesse de ces propos? Quelle est la position de la Russie sur cette question?
I.S.Ivanov: Nous avons rencontré par le passé les initiateurs du soi-disant processus de Genève. La délégation conjointe, qui comprenait les représentants des parties israélienne et palestinienne, était venue à Moscou. Nous avons discuté cette initiative avant, et saluons le fait qu'en résultat des négociations, on ait su aboutir à un document conjoint, qui prouve en pratique qu'un accord est possible et que le conflit israélo-palestinien peut être réglé par voie politique. C'est pourquoi maintenant, où le document est déjà rendu public, nous croyons que c'est un élément important de l'assistance au règlement. Et cela ne veut pas dire que ce document deviendra aujourd'hui une alternative à la «feuille de route». Et les auteurs du document de Genève n'en parlent pas. Ils soutiennent la «feuille de route», mais démontrent par ailleurs qu'au cas où, pour une raison ou pour une autre, elle ne serait pas mise en pratique, ils ont des perspectives sous forme du document préparé par les deux parties, qui peut aussi servir de base pour le règlement politique. Je crois qu'aujourd'hui, ce document est important justement du point de vue de la formation de l'opinion publique tant en Israël que sur les territoires palestiniens, puisqu'il faut changer la logique de la violence, faire basculer la logique de la guerre, prouver que seul les pourparlers et le dialogue qui tiennent compte des intérêts réciproques peuvent mener à une paix durable. Je crois que c'est là le sens et la valeur du document préparé. Et la Russie le soutient.
Question: Israël et les USA insistent pour que Y.Arafat quitte l'arène politique. Ils estiment qu'il empêche la paix. Parallèlement, il est devenu évident que le MAE de la Russie essaie de ne pas citer le nom de Y.Arafat. Qu'est-ce que cela signifie? Quel est son rôle pour les Palestiniens et pour la paix au Proche-Orient?
I.S.Ivanov: Concernant la position de la Russie, elle ne change pas. Nous croyons que le peuple palestinien doit faire le choix de son leader à travers les mécanismes démocratiques, c'est-à-dire par les élections. Tant que Y.Arafat est le représentant légitime du peuple palestinien, nous allons maintenir le dialogue avec lui.
Nous croyons qu'il est incorrect de déterminer le processus politique, en l'adaptant à tel ou tel personnage politique. Le processus politique qui vise l'avenir ne doit pas subir les oscillations de conjoncture. Il doit s'appuyer sur les bases des accords précises. Si aujourd'hui Y.Arafat est à la tête de l'AP, et A.Sharon est à la tête d'Israël, ils doivent appliquer cet accord. Si d'autres leaders viennent, ils devront continuer à suivre ce cap. Si tout homme politique nouvellement venu propose une nouvelle ligne, nous n'aboutirons jamais à la réalisation des accords.
La «feuille de route» n'a pas été préparée pour un homme politique défini. Elle a été préparée sur la base de la vision réaliste de la situation actuelle et vise l'obtention de la paix. Nous allons soutenir tout homme politique qui appliquera les stipulations de la «feuille de route». Je répète, puisque aujourd'hui le Président Y.Arafat est le représentant légitime du peuple palestinien, nous allons continuer de maintenir le dialogue avec lui. Autant que je comprenne, l'UE et les représentants de l'ONU s'en tiennent à cette même ligne.
Question: Ces derniers temps, il est devenu vident que la Syrie subit une sérieuse pression. On connaît la résolution du Congrès des USA, les menaces de la part d'Israël. Récemment, les représentants d'Israël ont déclaré qu'ils pouvaient frapper le territoire de la Syrie. Qu'est-ce que, selon vous, cela cache?
I.S.Ivanov: Il est difficile de dire ce que cela cache, puisque ni la partie américaine, ni la partie israélienne ne nous ont fourni d'arguments et de faits valables. Nous avons discuté ce problème pendant la récente visite à Moscou d'A.Sharon, Premier Ministre israélien. Nous le discutons au cours des pourparlers avec les représentants américains. A part les déclarations générales, nous n'avons rien reçu. On ne nous a pas fourni de faits qui témoignent du soutien direct des organisations extrémistes terroristes, de ce que la Syrie contribue au transit des groupes de terroristes par son territoire en Irak et dans d'autres pays. Ainsi, on a des déclarations, mais pas les faits. Et sans les faits, il est difficile de construire une position.
Nous dialoguons avec l'administration syrienne, qui nous assure ne pas soutenir les terroristes et réprouver le terrorisme. Les représentants des autorités syriennes l'ont plusieurs fois déclaré publiquement, c'est pourquoi dans la situation actuelle, compte tenu de l'existence des relations diplomatiques de la Syrie avec Washington, il faut lever la préoccupation par les canaux diplomatiques par voie de dialogue. Les menaces ou les sanctions pourraient à peine aider à résoudre ce problème ou un autre. Elles ne feraient qu'aggraver l'atmosphère générale déjà chauffée.
Nous voyons les attentats répétés en Irak, nous voyons combien la situation est tendue au Proche-Orient, nous sommes devenus témoins des derniers attentats à Istanbul. La situation est très dangereuse. Ici, il faut être très prudent quant aux pas et déclarations à faire, qui peuvent être utilisés par différents groupes à des mauvaises fins. C'est pourquoi tous les politiques responsables doivent être très prudents tant quant aux menaces que quant aux autres actions qui peuvent aggraver la situation déjà tendue. Damas n'esquive pas le dialogue, et c'est bien à travers le dialogue qu'il faudra chercher le règlement des problèmes qui peuvent apparaître, que ce soit Israël ou les USA.
Question: On dit que la situation en Irak est dans une impasse. Néanmoins, cela n'a pas poussé les USA à faire revenir la question dans le lit du CS de l'ONU. Les USA insistent sur le règlement militaire du problème et ne veulent pas que l'ONU prenne leur place. Quelle est votre vision de ce problème?
I.S.Ivanov: Je ne dirais pas que la situation soit dans une impasse. Mais elle s'aggrave constamment. Cette tendance est très dangereuse, puisque nous voyons chaque jour la croissance de la violence de toutes parts. Les terroristes perpètrent leurs actions, et nous le réprouvons résolument. D'autre part, les forces de la coalition mènent des opérations qui causent la mort des civils. L'escalade de la violence est en marche, ce qui, certes, ne crée pas les conditions pour le règlement politique. La situation ne peut être réglée que par voie politique.
Comme vous le savez, nous croyons que la frappe contre l'Irak avait été une erreur. Je pense que l'évolution actuelle des événements confirme entièrement que la Russie avait raison dans ses évaluations. Il serait erroné de penser qu'on aurait pu régler la situation en Irak, en s'appuyant sur la force. On ne peut le faire qu'en s'appuyant sur le peuple irakien. C'est pourquoi nous proposons de tenir sans tarder la conférence internationale avec la participation des représentants du peuple irakien, des organisations religieuses, des groupes ethniques, des forces politiques de l'Irak, ainsi que des représentants internationaux - des représentants des états voisins, membres permanents du CS de l'ONU, de certains autres pays. Au cours de cette conférence, il faudra élaborer en commun le plan du règlement politique, qui puisse être examiné et approuvé par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Puis, sous l'égide de l'ONU, il faudra commencer à mettre ce plan en pratique avec la participation des autorités irakiennes provisoires.
Concernant les forces multinationales qui se trouvent actuellement en Irak, il faut que le Conseil de Sécurité de l'ONU définisse leur mandat et les dates de leur séjour. Si l'on a un plan de règlement politique, approuvé par le Conseil, et le mandat du Conseil de Sécurité pour les forces multinationales, alors le peuple irakien croira que c'est vraiment un plan de règlement et que cette mesure vise le fait qu'au bout de douze - dix-huit mois, le peuple de l'Irak puisse disposer du destin de son pays. Au nom de cela, il sera plus facile de lutter contre les extrémistes et les terroristes, plus facile de rétablir l'économie pays par les efforts conjoints. Si l'on agit par la force, la situation continuerait plutôt de s'aggraver. Partant, on aura des victimes parmi la population civile de l'Irak, parmi les représentants des forces de la coalition. Je pense que c'est la voie incorrecte.
Question: Quelle est la position des autres pays vis-à-vis de l'initiative de la tenue de la conférence internationale pour l'Irak?
I.S.Ivanov: Je pense que beaucoup de pays partagent cette approche. Cependant, avant tout, il faut avoir l'accord des USA et de leurs partenaires de la coalition. Je veux dire que nous ne proposons rien qui ne soit déjà éprouvé. Nous avons déjà un exemple de la tenue de la conférence internationale pour l'Afghanistan, au cours de laquelle avait été formé le gouvernement H.Karzaï, qui a su par la suite, l'ONU aidant, entamer le processus des réformes politiques en Afghanistan. Pourquoi ne pas suivre cette voie maintenant encore? Est-ce que cela ne répond pas aux intérêts tant des USA que de l'Irak? Nous croyons qu'il faudra appliquer cette expérience à l'Irak. Cela renforcerait la coalition internationale et les différentes forces en Irak même, puisqu'elles sentiraient que s'ouvrent des perspectives réelles du rétablissement de la souveraineté du pays. L'Irak n'est pas un pays pauvre. En Irak, il est important d'obtenir maintenant la stabilité politique, la sécurité. Je suis persuadé qu'alors, par les efforts conjoints, on pourra rapidement rétablir l'économie de l'Irak, pour que le peuple irakien puisse sentir que les problèmes sociaux, économiques et autres qu'il affronte aujourd'hui, sont résolus.
Question: Si cette proposition est adoptée au CS de l'ONU, est-ce que cela va signifier que la Russie enverra ses troupes en Irak?
I.S.Ivanov: Je crois que le problème n'est pas dans les troupes. Aujourd'hui, l'Irak ne connaît pas la guerre. En Afghanistan, il y avait les Talibans, là, il a fallu mener les hostilités pour rétablir le contrôle dans le pays. L'Irak connaît l'opposition aux forces d'occupation de la part de la population locale. En Irak agissent les structures terroristes, y compris celles qui arrivent dans le pays de l'extérieur. Pour les combattre, il faut former les forces de sécurité des Irakiens, puisque seul les Irakiens mêmes pourront obtenir le succès dans la lutte contre le terrorisme. Les forces extérieures ne pourront pas résoudre ce problème. A ce propos, il faut au plus vite prêter l'aide aux Irakiens dans la formation de leurs propres forces de sécurité.
Question: Le problème du dossier nucléaire iranien vient de s'aggraver encore. Les USA insistent pour lui faire reprendre le lit du CS de l'ONU, pour punir l'Iran. Comment la Russie voit-elle ce problème en général? Comment peut-on le résoudre par voie pacifique? Car il n'est pas exclu que, cette pression sur l'Iran étant, on pourrait user de la force?
I.S.Ivanov: Avant tout, je veux dire que, dans nos évaluations, nous nous guidons sur le rapport de l'AIEA. L'Iran, comme on sait, a présenté l'information sur tous ses programmes nucléaires antérieurs et actuels. Telle a été la condition de la communauté internationale, et l'Iran s'y est conformé. La deuxième condition de la communauté internationale était que l'Iran se joigne au protocole complémentaire à l'Accord sur les garanties de l'AIEA. L'Iran a déclaré son empressement à signer le protocole. L'Iran s'est aussi acquitté de la troisième exigence - suspendre le processus de l'enrichissement de l'uranium. Ainsi, l'Iran s'est conformé à toutes les conditions principales de la part de la communauté internationale, y compris de la part de l'AIEA. C'est pourquoi aujourd'hui, notre tâche consiste à utiliser au maximum les conditions actuelles favorables pour lever la préoccupation qui puisse exister à propos des programmes nucléaires de l'Iran.
Je suppose que les décisions prises créent pour l'AIEA, et les représentants mêmes de l'Agence le disent, la possibilité d'avoir plein contrôle des programmes réalisés en Iran, et d'être sure que ces programmes sont uniquement à caractère pacifique.
Le rapport du Directeur général M.ElBaradei note que, par le passé, l'Iran avait violé certaines stipulations du Traité. L'Iran a lui-même présenté l'information de ces violations. C'est mal que ces violations aient eu lieu, mais l'essentiel est qu'elles n'existent plus maintenant et que cela ne se reproduise plus. Nous devons penser à l'avenir. C'est ce qui dicte notre position.
Nous croyons qu'il faut maintenant adopter une résolution très pondérée de l'AIEA, qui permette de fixer les accords obtenus au moment donné et de poursuivre le dialogue constructif avec l'Iran sur tous les problèmes de la problématique nucléaire. Je suis persuadé que cela permettra de lever l'acuité que l'on a vis-à-vis des programmes nucléaires de l'Iran. Si l'on continue d'aggraver l'atmosphère et porter le problème à l'examen du Conseil de Sécurité de l'ONU, nous risquons de répéter l'expérience que l'on avait eue avec la péninsule Coréenne.
Je pense que personne ne doit être intéressé à cette aggravation de la situation. Nous sommes sincèrement intéressés à ce que l'Iran n'effectue ses programmes nucléaires qu'à des fins pacifiques. Nous avons actuellement pour cela toutes les possibilités nécessaires. Le choix d'une autre voie peut provoquer l'escalade ultérieure de la tension. Je suis persuadé que cela ne répond ni aux intérêts de la non-prolifération d'armes nucléaires, ni à ceux de la détente de la situation dans la région, qui est déjà chauffée.
Concernant la Russie, le Président V.V.Poutine a récemment souligné que nous étions satisfaits des décisions qui ont été adoptées par l'administration iranienne, et que la Russie entendait continuer sa coopération avec elles, y compris dans le domaine nucléaire.
Question: Ces derniers temps, il a été évident que les rapports entre Washington et Moscou connaissent un certain refroidissement. Est-ce que cela est vrai?
I.S.Ivanov: L'hiver approche, le climat devient plus frais. Mais pas dans les relations entre la Russie et les USA. Récemment, a eu lieu la rencontre des Présidents russe et américain à Camp David, où ont été discutés les problèmes de l'Iran, et du Proche-Orient, et de l'Irak. Certes, nous pouvons avoir des différends, et nous ne le cachons pas, mais ils n'ont pas un caractère stratégique, mais tactique.
Et la Russie, et les USA se prononcent contre la prolifération des AEM. Ici, nous n'avons pas de divergences. Le problème est de savoir, comment l'obtenir. Et la Russie, et les USA se prononcent contre le terrorisme. Mais comment l'obtenir? Et la Russie, et les USA n'ont pas été les amis de S.Hussein, nous aimerions qu'en Irak s'instaure le libre régime démocratique. Cependant, les voies de l'obtention de cet objectif ont été différentes. Les différends sont possibles pour d'autres problèmes aussi, mais ils ont un caractère explicable.
Beaucoup de problèmes que nous affrontons aujourd'hui n'ont pas de solution facile. L'essentiel est que notre dialogue ne s'interrompe pas, que nous cherchions constamment des solutions de compromis qui répondent aux intérêts de la stabilité stratégique. Nous ne les trouvons pas toujours. Cependant, et le monde le comprend, plus il existe de compréhension entre la Russie et les USA, plus facile il sera de régler les problèmes internationaux, plus calme sera la situation internationale. Nous allons continuer de suivre cette ligne.