MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES DE LA FEDERATION DE RUSSIE

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Traduction non-officielle du russe


Allocution d'ouverture et réponses aux questions des journalistes de V.V.Poutine, Président de la Russie, à la conférence de presse à l'issue de ses pourparlers S.Berlusconi, Italie, Rome, le 5 novembre 2003

Je voudrais tout de suite exprimer ma satisfaction des résultats de notre entretien. Il est devenu une confirmation de plus de l'activité et de la plénitude du dialogue entre la Russie et la République Italienne.

Les rencontres régulières sont devenues composante indissoluble des relations bilatérales qui connaissent un développement efficace.

Aujourd'hui, aux négociations au sommet ont participé les ministres clé des deux gouvernements. Cette rencontre se passe pour la deuxième fois. Et cette approche, comme nous voyons, donne à nos relations une dynamique et une qualité nouvelles. Je crois que le travail des ministres ici présents mérité la plus haute appréciation.

Je suis d'accord avec Monsieur le Premier ministre dans ce que, si aujourd'hui nous voyons de très bons résultats du travail conjoint, c'est grâce à ce que la rencontre d'aujourd'hui et les pourparlers d'aujourd'hui ont été bien préparés par nos experts.

Les résultats de la rencontre sont reflétés dans la Déclaration conjointe sur la coopération bilatérale et dans tout un paquet de documents signés aujourd'hui.

Nous apprécions positivement les perspectives de notre coopération économique. Ce fait ne fait que confirmer que la coopération dans ce domaine peut et doit retrouver son "second souffle". De nouveaux grands projets – avant tout dans le secteur de l'énergie et les sphères des hautes technologies – font changer réellement l'accent dans nos liaisons du dialogue des échanges des marchandises déjà habituel pour les projets d'investissement.

De bonnes perspectives s'ouvrent dans le secteur du gaz, ce qui permettra de garantir la croissance ultérieure des livraisons des sources de l'énergie russes en Italie. Je veux noter qu'au cours d'un dialogue tendu, mais très constructif entre l'Italie et la Russie, la Commission Européenne, la partie russe a consenti à modifier la qualité de ses relations avec les partenaires ouest-européens. Nous avons donné à la compagnie italienne le droit de réexporter le gaz russe vers des pays tiers. Nous partons des perspectives de la libéralisation du marché et construisons ensemble notre travail commun pour approvisionner l'économie européenne en sources de l'énergie.

Je citerai aussi des initiatives prometteuses dans le domaine aérospatial, dans le domaine des technologies de l'information et de communication, dans le domaine de la coopération militaro-technique.

Nous attachons une grande importance à la création sur le territoire de la Russie d'une sorte de "districts industriels" – c'est l'initiative du Premier Ministre de l'Italie. Beaucoup de régions russes sont déjà prêtes à offrir des conditions spéciales pour le développement des petites en moyennes entreprises italiennes.

Actuellement à Milan se passe la présentation du district fédéral Nord-Ouest et une exposition polyvalente d'ensemble "300 ans de Saint-Pétersbourg: la Russie ouverte au monde". Cette année, une présentation pareille a déjà été faite par le district fédéral de Sibérie et par la région de Sverdlovsk. Nous croyons que la coopération interrégionale exige un soutien actif au niveau étatique. Là, résident d'énormes ressources de la croissance de nos relations.

La veille du sommet Russie-UE, nous avons hautement apprécié notre interaction durant la présidence de l'Italie à l'Union Européenne, et espérons que l'atmosphère positive des relations russo-italiennes pourra s'étendre sur tout l'ensemble des relations entre la Russie et l'Union Européenne.

Ces derniers temps, nous discutons régulièrement à nos rencontres le sujet du régime de visas. Je dois dire que nous apprécions hautement la position des dirigeants italiens sur ce problème. Et nous nous entendons déjà d'instaurer sous peu des procédures de visas allégées et simplifiées – aujourd'hui, nous avons signé les accords appropriés sur ce problème. Je suppose que de tels accords deviendront un pas important vers la réalisation en perspective du régime sans visas entre la Russie et l'UE.

On a discuté séparément l'état et les perspectives de nos relations dans le domaine humanitaire. Je pense que les accords obtenus feront sensiblement avancer notre coopération dans le domaine de l'enseignement, de la culture, de la science.

Et, enfin, nous avons eu un dialogue constructif sur plusieurs problèmes globaux les plus aigus – la lutte contre le terrorisme, l'opposition à la menace de la prolifération d'armes d'extermination massive, le maintien de la stabilité au monde. Nous avons aussi parlé du Proche-Orient, de l'Irak, de l'Iran. Nous avons aussi parlé du rôle central de l'Organisation des Nations Unies dans les conditions nouvelles. Je suis persuadé que l'étroite coopération entre la Russie et l'Italie devient un facteur de poids toujours plus important non seulement dans les affaires européennes, mais aussi mondiales.

Je voudrais remercier Monsieur le Premier ministre pour une atmosphère très détendue, amicale, dans laquelle s'est passé aujourd'hui notre travail.

Question: Vladimir Vladimirovitch, excusez cette question à côté du sujet de la visite. Aujourd'hui, a paru l'information sur la possibilité du retrait, par le Ministère de la nature, de la licence de l'exploitation du sous-sol de YOUKOS. Pouvez-vous le confirmer?

Réponse: Je voudrais d'abord dire quelques mots à propos de ce que Monsieur le Premier ministre a déjà dit. L'Italie est notre second partenaire après la RFA. Mais nous ne faisons aujourd'hui pas que parler de l'approfondissement et de l'extension de la coopération avec l'Italie, nous parlons d'une qualité nouvelle, d'une dimension et d'un souffle nouveaux.

A propos de la mise en pratique des idées du Premier ministre sur l'introduction de la petite et moyenne entreprise de business de l'Italie à l'économie de la Russie – je suis persuadé que ce résultat sera atteint assez rapidement.

Maintenant, à propos de l'éventuel retrait de la licence de la compagnie YOUKOS. Je l'ai appris il y a 10 minutes, c'est pourquoi il m'est encore difficile de le commenter. Mais ma réaction à ce propos, la voici: le Ministère des ressources naturelles de la Russie devra constamment contrôler la manière dont les utilisateurs du sous-sol réalisent, mettent en pratique les contrats appropriés de l'exploitation du sous-sol et les licences appropriées reçues de l'état pour exploiter le sous-sol. Cette activité doit être menée constamment, et la réaction doit être rapide. Et elle ne doit pas être liée à une affaire concrète de droit commun. Dans tous les cas, nous savons avec vous que le Parquet général avait saisi un certain lot d'actions de la compagnie. Beaucoup d'experts émettent des doutes à propos de l'utilité de ce pas. Mais, dans tous les cas, les agissements du Parquet ont une certaine logique juridique. Si l'on parle du besoin de garantir les intérêts de l'état dans le processus civil. Concernant la possibilité du retrait de la licence, j'ai de grands doutes à propos de l'utilité d'un pas de pareil genre. Puisque cela se présente comme suit: une structure étatique fait saisir les actions, une autre retire sur cette base la licence. On a l'impression que l'état a pour but d'arrêter l'activité de la compagnie. L'état ne peut ni ne doit se donner de but pareil. L'état ne peut se donner qu'un seul but – mettre de l’ordre dans l'application de la législation en vigueur. J'espère que le Gouvernement s'abstiendra des pas de pareil genre.

Question: Monsieur le Président Poutine! Je veux demander, quelles sont les possibilités pour entamer le processus du rétablissement en Irak et participer à ce processus pour rétablir la paix dans ce pays?

Réponse: Je crois que pour résoudre le problème de l'Irak - et le résoudre assez rapidement - il faut faire tout pour créer les conditions pour le transfert de tout le pouvoir dans ce pays entre les mains du peuple irakien lui-même, il faut faire tout pour rendre au peuple irakien la souveraineté de son propre pays. Ce n'est qu'après que l'on pourra parler de la création des conditions, dans lesquelles la société irakienne va sincèrement coopérer avec la communauté internationale pour mettre de l’ordre dans son propre pays. Tant que nous n'aurons pas créé ces conditions, cela ne profitera qu'aux éléments destructeurs, aux terroristes. Ils vont, certes, spéculer sur cet état de choses où la situation en Irak est contrôlée par les troupes d'occupation, et l'opposition va croître. Comment le faire, je crois que c'est bien connu: nous avons un bon exemple de coopération en Afghanistan. Beaucoup y a été fait par les partenaires américains, beaucoup a été fait grâce à la position ferme et logique du Président des Etats-Unis.

Concernant notre possible de participation au rétablissement de l'Irak, nous sommes prêts à ce travail. A l'étape donnée, il peut consister en une active et plus large participation de nos compagnies au travail lié au rétablissement des objets de l'infrastructure et de l'industrie de l'Irak. Nous avons une grande expérience positive là-dessus. Nos experts y sont perçus comme amis et partenaires. Pour eux, j'en suis persuadé, on va créer une bonne atmosphère pour leur travail conjoint avec les experts irakiens.

Concernant des infusions d'argent ou la participation des Forces armées, pour cela, il faudra créer les conditions appropriées. Nous avons contribué à la prise de la dernière résolution de l'ONU sur l'Irak afin d'éviter tout différend des positions de la communauté internationale sur ce problème. Nous espérons que c'est un pas dans la bonne direction. Mais pour un financement à part entière ou la participation militaire, les conditions ne sont pas encore suffisantes. Vous connaissez notre position: nous avons été catégoriquement contre le règlement du problème de l'Irak par les moyens militaires. Néanmoins, cela a été fait. Et ce serait bête de notre part d'y envoyer nos soldats et de mettre leur vie en danger. On a une forte envie de dire: à d'autres.

Nous avons été contre tout ce qui a été fait contre notre gré. Dieu vous aide, nous ne vous empêcherons pas. Nous allons aider et coopérer. Nous voulons que cela soit fait au plus vite. Mais aujourd’hui, à l'étape donnée, nous avons certaines limitations. Nous n'excluons pas d'étendre notre participation. Pour nous, la situation où la Russie utilise ses Forces armées dans le cadre des opérations pacificatrices de l'ONU n'a rien de nouveau. Peut-être qu'en l'occurrence, nous approcherons un jour de notre travail conjoint dans ce format. Mais pour cela, les conditions nécessaires doivent être créées.

Question: Une question un peu à côté de la politique. Vous rencontrez souvent S.Berlusconi. Vos familles sont même amies. Qu'est-ce qui vous unit à part la politique? Que pensez-vous en général l'un de l'autre?

Réponse: Vous savez, il m'est très intéressant de contacter pratiquement tous mes collègues dans tous les pays du monde, y compris en Europe, mais ce qui distingue le Premier ministre de l'Italie, c'est qu'il est une personne très concrète, sérieuse. Il sait toujours ce qu'il veut. Il formule avec clarté et précision les intérêts de l'Italie. Il écoute, entend et réagit aux demandes de ses collègues de négociations. Et si l'on s'entend avec lui à propos de quelque chose, il applique toujours cette entente. Dans ce sens, il est un partenaire très fiable.

Question: Président Poutine, je veux demander: est-ce que les efforts de l'Occident sont suffisants pour lutter contre le terrorisme en Tchétchénie?

Réponse: Bien sûr, la Cour et le Parquet ne sont pas les endroits où l'on remet décorations, diplômes d'honneur, ordres, médailles et primes. Le Parquet part de ce que les primes sont déjà reçues et qu'il faut y voir clair, si elles ont été légitimes. Pour nous, l'essentiel est que tous les citoyens de la Russie, indépendamment de leur poste et aisance financière, soient égaux devant la loi. Pour qu'il n'y ait pas de groupe de gens qui, invoquant des difficultés, estiment qu'ils doivent et peuvent vivre en-dehors des cadres de la législation en vigueur. S'il y a des problèmes avec la loi, modifions la loi, changeons-là. Mais il faudra le faire publiquement, par le parlement du pays, en informant largement l'opinion. La société devra convenir d'une décision. Tant que cela n'existe pas, tous doivent se conformer à la loi. Et c'est là l'essentiel. Pour moi sont chose importantissime les circonstances de l'activité des organes de maintien de l'ordre, qui, dans toutes leurs manifestations et dans chacune de leurs actions, doivent rester dans le cadre de la loi de la FR. C'est l'essentiel. Tant que les organes de maintien de l’ordre agissent dans le cadre de la loi, ils ont raison. Dès qu'ils dépassent ces cadres, la réaction appropriée doit suivre, y compris de la part du Président en tant que garant de la Constitution.

Je ne crois pas pouvoir m'abstenir d'agir sur ce plan. Mais je dois tirer un trait, au-delà duquel je me crois en droit d'intervenir. Tant que ces violations n'ont pas lieu, il n'y a pas lieu d'intervenir. L'essentiel est d'éviter la reproduction de la période soviétique concernant l'arbitraire du règlement des affaires de droit commun. Ce serait la plus grosse erreur.

Concernant la participation de nos partenaires européens au règlement du problème tchétchène, vous avez demandé, si l'Occident faisait assez pour que le conflit en Tchétchénie soit terminé au plus vite? Je me permettrai une remarque très douce et critique. Je crois qu'il ne fait pas assez. Qui plus est, j'ai l'impression que certaines forces politiques essaient de se servir du problème de la Tchétchénie comme d'un moyen de pression sur la Russie pour obtenir préférences et avantages dans leurs rapports avec la Russie.

Voilà, disons, les agissements d'Al-Qaida sont qualifiés de crimes, mais les agissements de la même Al-Qaida en Tchétchénie ne sont remarqués par personne. Nous avons tenu le référendum à propos de la Constitution de la République Tchétchène, auquel sont venus plus de 80% de la population de la Tchétchénie. Nous avons tenu les élections du Président de la République Tchétchène, et le pourcentage des votants a encore été tel qu'on ne le voit dans certains sujets de la FR.

L'ancien parlement de la Tchétchénie, que nous n'avons pas reconnu de jure, a prononcé un impeachment contre Monsieur Maskhadov. Nous sommes en contact avec toutes les forces politiques de la Tchétchénie, à part les terroristes et les organisations terroristes. Et - comme si personne ne le voyait. Nous disons actuellement que nous sommes prêts à signer avec la Tchétchénie le traité sur le partage des pouvoirs, en lui octroyant de vastes droits autonomes. Personne ne le remarque! Nous disons que nous allons aider la Tchétchénie à élire son parlement sous peu. Et - comme si personne ne l'entendait. Nous y voyons un indice des relations non partenaires avec la Russie sur cette piste. Cela ne concerne pas plusieurs pays de l'Europe, en particulier l'Italie, bien que l'Italie ait toujours critiqué ce qui s'y passe. Le Premier Ministre m'a toujours posé des questions délicates, et j'ai cru qu'il avait le droit de les poser. Je l'en ai informé en détail.

Je sais, les organisations européennes estiment qu'en Tchétchénie, tout va mal. Mais il leur aurait suffi de venir aux élections et dire: nous n'aimons pas ceci et cela. Ceci est mal, cela est incorrect, et la, c'est une erreur aussi. Mais elles ne sont pas venues du tout. Qui est venu? Est-ce qu'il y a eu des organisations internationales ou non? Oui. Mais lesquelles? La Ligue des états arabes et l'Organisation de la Conférence islamique. Elles sont venues, ont tout vu, sont resté à chaque point de vote, ont contrôlé et fait leurs conclusions. On a l'impression que d'aucuns se veulent plus musulmans que les musulmans eux-mêmes. Je pense que c'est une approche déloyale à ce problème aigu, dont le règlement nous intéresse tous.

Et en conclusion, je veux vous dire ceci: si nous voulons lutter positivement contre le terrorisme, nous devons comprendre - si on lui permet de lever la tête quelque part, il le fera à coup sûr ailleurs aussi. Il faut obtenir la cohésion de la communauté internationale sur cet importantissime problème contemporain – la lutte contre le terrorisme.